Création 2027 – HOFFMANN / TARKOVSKI
A la croisée du théâtre, du songe et du cinéma intérieur, ce projet orchestre la rencontre entre les fantasmagories d’Hoffmann et l’art du montage propre à Tarkovski. Conçu sous la forme d’un diptyque, se jouant dans une même scénographie, ce projet se déclinera en deux spectacles :
- Une création pour le jeune public, très librement inspirée de la
nouvelle « l’homme au sable » de E.T.A. Hoffmann.
- Une création pour public adulte, dans laquelle les personnages
issus des contes d’Hoffmann seront mis en scène à travers le
regard « fictif » du cinéaste Andreï Tarkovski.

L’HOMME AU SABLE
Une adaptation du conte fantastique de Hoffmann jeune public – dès 12 ans
Ce spectacle, adressé au jeune public, est une adaptation du célèbre conte Der Sandmann (L’Homme au sable), qui met en scène l’histoire de Nathanaël, jeune homme hanté par une figure monstrueuse liée à son enfance. Si la figure du marchand de sable est bien connue de tout le monde, la richesse du récit original d’Hoffmann l’est souvent un peu moins. Le « Sableur » y est présenté, par la nourrice de Nathanaël comme « un monstre venant jeter du sable dans les yeux des enfants qui ne dorment pas, jusqu’à ce que leurs yeux tombent et soient donnés à ses propres enfants ». Nathanaël, alors enfant, associe dans son esprit Le Sableur, à un ami de son père, le sinistre avocat Coppelius, qu’il surprend un soir dans un mystérieux rituel alchimique où les deux hommes manipulent du feu et des machines étranges. Des années plus tard, alors qu’il est étudiant dans une ville lointaine, Nathanaël croit revoir Coppelius, sous le nom de Giuseppe Coppola, marchand ambulant d’instruments optiques. À partir de ce moment – qui réveille chez Nathanaël la mémoire du décès de son père, survenu dans des circonstances inexpliquées, peu de temps après qu’il l’ait surpris en compagnie de ce qu’il pensait être Le Sableur – le monde de Nathanaël commence à se dédoubler. Il devient fasciné par une étrange jeune fille, Olympia, qu’il observe à la longue-vue depuis sa chambre, dont il tombe amoureux avant de découvrir, avec stupeur, qu’elle est en réalité un automate, créé par le professeur Spalanzani avec l’aide de Coppola. Ce choc précipite la folie de Nathanaël, qui oscille dès lors entre hallucination et réalité altérée, jusqu’à perdre tout repère. Le conte d’Hoffmann, derrière ses apparences gothiques, touche à des thématiques universelles pour l’enfance : La peur du noir, du monstre, de l’abandon, la fascination pour les machines, l’ambiguïté entre le réel et l’imaginaire, la nécessité de construire son propre regard. Il est finalement surtout question, de l’influence qu’exercent les fictions qui nous sont racontés, pour nous faire peur, pour nous faire respecter des règles, dès le plus jeune âge. De la manière dont elles nous imprègnent durablement et peuvent ressurgir bien plus tard, sans crier gare, dans nos vies d’adultes, jusqu’à altérer nos perceptions et troubler notre jugement.
Sur le plateau, la scénographie, qui sera commune aux deux créations, utilisera les jeux de miroirs d’ombres et de reflets, pour mettre en alerte le regard du spectateur et troubler ses sens. Le récit sera construit dans une alternance entre des séquences vécues du point de vue de Nathanaël et des séquences d’un point de vue extérieur, mettant en relief avec humour et distance critique, les illusions auxquelles Nathanaël accorde tout son crédit. La figure d’Olympia, métaphore de l’amour idéalisé, de la fascination pour l’image lisse et sans conflit, ne sera figée que dans l’imaginaire de Nathanaël, conditionné par l’éducation reçu dans sa petite enfance. Automate dans une strate de l’histoire, elle sera bien vivante et libre de ses mouvements dans une autre. Sans chercher à édulcorer le récit d’origine d’Hoffmann, cette fiction accompagnera les jeunes spectateurs dans une traversée de la peur, pour mieux en comprendre les mécanismes et, à défaut de les vaincre, apprendre à en discerner les contours.

HOFFMANN / TARKOVKI
Une plongée dans l’univers fantastique d’Hoffmann,
à travers l’œil du cinéaste Andreï Tarkovski
L’idée de ce projet est née de la lecture d’un scénario inachevé écrit par Tarkovski – mais qu’il n’a jamais pu réaliser – qui est construit sous la forme d’une enquête métaphorique dont Hoffmann est le héros et qui explore la dualité de l’être et la frontière poreuse entre réalité et fiction. Le scénario s’ouvre sur le retour d’Hoffmann dans sa ville natale, où il est confronté à des visions, des souvenirs et des personnages issus à la fois de sa vie et de ses contes. L’histoire se construit comme un labyrinthe mental, mêlant le réel, le souvenir et l’imaginaire, dans une succession de tableaux où les figures de L’Homme au sable, Le Chat Murr, Les Élixirs du Diable ou Le Vase d’or apparaissent et se dissolvent. Hoffmann y est présenté comme un homme hanté par son double, incapable de distinguer ses visions de la réalité, dans un monde où les miroirs ne reflètent plus mais absorbent. Des scènes autobiographiques cohabitent avec des scènes fantastiques, dans un espace-temps instable, proche du rêve ou du cauchemar éveillé.
À travers cette errance hallucinée, le miroir devient le centre symbolique d’une réflexion introspective : il est ce qui sépare l’homme de lui-même, mais aussi ce qui permet, un instant, de s’apercevoir comme on est vraiment — ou comme on pourrait être. Hoffmann aborde le miroir comme un instrument qui contamine le réel par le rêve, quand l’humain est incapable d’accepter que son idéal n’est pas conforme à la réalité et qu’il finit par ouvrir une porte dérobée qui le mène vers la folie. Tarkovski, lui, aborde le miroir comme une invitation à regarder la poésie qui peut émaner au-delà du réel lorsque l’on sait poser son regard sur les petites choses à première vue insignifiantes. Il lutte, sans concession, pour ne pas sombrer dans les visions romantiques d’Hoffmann, qui enjolivent le réel.
Très librement inspiré de ce scénario de Tarkovski, le spectacle interrogera ce décalage. Il s’articulera autour de scènes-miroirs, où les personnages glissent d’un monde à l’autre, où la perception vacille à travers un dispositif scénique qui jouera sur les réflexions, les projections, la superposition des plans — corps réels, doubles fantasmés, voix intérieures, images fugitives. Les images scéniques seront premièrement inscrites dans un hyper-réalisme troublant. De ce trouble naîtront des métamorphoses du réel, dans un mouvement instable, comme si ce réel était regardé depuis deux points de vue distincts, qui ne coïncident pas. Un point de vue, celui d’Hoffmann, qui flirte avec un onirisme flamboyant. Un second, celui de Tarkovski, qui vise à entrer dans le cœur de cette matière, à donner tout son relief à ce réel, afin de le transcender. Délibérément construit comme un songe déconnecté du réel et de l’actualité, le spectacle finira malgré tout par construire des résonnances avec notre monde contemporain, à l’heure où les identités se fragmentent et où la perception du réel devient tellement instable.